Moi(s) sans tabac : Faisons le point !

Dr Cutarella

 

 

 

 

 

 

 

 

Docteur Christophe Cutarella
Psychiatre, Addictologue, Tabacologue,

Membre du Comité scientifique de la Fondation Ramsay Santé
Pour en savoir plus : www.christophecutarella.com

Les Français sont de plus en plus nombreux à arrêter le tabac. Depuis 2016, ils sont 1,6 million à avoir démarré une nouvelle vie sans tabac. C’est ce que révèle une enquête de Santé publique France.

S’ils sont nombreux à avoir passé le cap de l’arrêt,  56,5 % des fumeurs quotidiens disent avoir l’envie d’arrêter de fumer selon Santé publique France.

Le mois sans tabac vient de s’achever en France. Pour connaître les résultats de cette nouvelle édition, nous nous sommes mis en rapport avec l’un de ses initiateurs, le Docteur Cutarella , psychiatre, addictologue, tabacologue, membre du Comité scientifique de la Fondation Ramsay Santé, qui a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

 

MARC : Depuis 2006, un million six cent mille personnes sont passées à une vie sans tabac et 56,5 % désirent arrêter. Pour l’édition 2019 de ce mois sans tabac, 120.000 personnes ont rejoint le mouvement. Pensez-vous qu’un mois sans tabac est suffisamment efficace pour arrêter de fumer et à combien de pourcent peut-on espérer un arrêt total ?

DR CUTARELLA : C’est sûr que c’est beaucoup plus efficace que la seule « Journée mondiale sans tabac », le 31 Mai qu’il y avait jusqu’alors. On s’est rendu compte qu’arrêter un jour était totalement insuffisant pour provoquer un changement de comportement. Alors qu’un mois entier nous permet de nous préparer pour organiser la communication : c’est à dire trouver des fonds alloués destinés à former des personnes à la tabacologie, et d’organiser des conférences de sensibilisation menées par moi ou les gens de mon équipe. Ces conférences permettent d’initier le public présent au sevrage tabagique.

MARC : Au terme de ce mois sans tabac est-il possible de faire un bilan sur les participants ? 

DR CUTARELLA : C’est la quatrième année consécutive. Cette action, associée à la hausse conséquente et durable du prix agit directement sur la consommation du tabac. Il y a eu d’autres éléments, comme le paquet neutre ou l’arrêt de la publicité « visible » qui ont effectivement permis une forte baisse du tabagisme en France. De 29,4 % de fumeurs déclarés en 2016, les chiffres indiquent 25,9 % de fumeurs en 2019 voire moins dans certaines régions comme l’Île de France ( qui est la plus basse de France avec 21 %) . Mais il y a aussi des régions dans lesquelles il reste beaucoup de travail à faire comme en région PACA où nous sommes encore à plus de 32 % de fumeurs . En conclusion, le mois sans tabac a positivement fait changer les choses. Nous attendons les chiffres à venir car le bilan n’est pas encore établis, mais nous tablons sur une baisse de 1 à 2 % chaque année, ce qui est énorme sur l’ensemble des fumeurs.

MARC : Comment mettre toutes les chances de son côté pour réussir à ne plus être addict au tabac?

DR CUTARELLA : Il faut le « vouloir ». Le désir ne suffit pas, mais il est le point de départ du changement. Si on ne veut pas arrêter, cela deviendra très compliqué de s’engager dans un processus d’arrêt. Pour arrêter, on peut commencer par essayer de s’arrêter une journée, en s’entourant de gens qui ne fument pas. Il faut aussi rencontrer des professionnels spécialisés dans l’addictologie qui vont proposer une prise en charge adaptée à chaque fumeur, à sa façon de consommer et sa propre histoire. Le fumeur doit d’abord accepter ce changement important et durable pour l’avenir. Il doit se dire que si il peut s’arrêter un jour, il pourra peut-être s’arrêter deux jours, une semaine puis un mois et ainsi de suite. Il est sûr qu’en faisant des tentatives parfois infructueuses au début, on va finir par sortir du tunnel.

Seuls des professionnels, pourront prescrire des substitutions nicotiniques comme des « patchs », ou des substituts oraux comme les gommes, ou les pastilles .

Il ne faut pas oublier que la psychothérapie joue un rôle extrêmement important car elle met en place des thérapies cognitives et comportementales (les TCC). Je pense à l’hypnose, à la relaxation ou au travail de motivation en groupes - ce que l’on fait – à la fois très intéressant et très utile.

La cigarette électronique, qui n’est pas un médicament mais un moyen alternatif, est une nouvelle solution pour accompagner les fumeurs à décrocher. On peut également mettre en place des petits substituts comme le sport ou tout autre activité qui aidera à oublier l’addiction.

MARC : Hypnose, patch, acupuncture, sport, parrainage, laser, cigarette électronique…

Quelles sont les méthodes existantes les plus efficaces ?

DR CUTARELLA . En fait, il n’y a pas de méthode plus efficace qu’une autre. Tout dépend de la personne en question et de ses affinités. Mais je crois qu’une méthode très intéressante est celle utilisée à la Clinique Saint Barnabé à Marseille (Groupe Ramsay Santé). Nous associons des subsituts nicotiniques à une prise en charge de groupe et individuelle, ainsi qu’un médicament, le « Champix », qui fonctionne très bien. La combinaison de réunions individuelles et de groupes me semble être la plus efficace.

MARC: Pourquoi certaines personnes arrêtent du jour au lendemain et d’autres ne parviennent pas à arrêter et quels sont les mécanismes de l’addiction ?

DR CUTARELLA : Personne ne devient « addict » par hasard.

Il y a toujours un élément sous-jacent. Que ce soit à l’alcool, au tabac, ou autre, il y a une addiction comportementale qui peut se déclencher. Le travail d’addictologue - je dirais même en un seul mot psychiatre-addictologue, car c’est un ensemble - consiste à retrouver l’élément déclencheur. On ne peut dissocier l’addiction du mental, on trouvera toujours un contentieux, une dépression, qui fait qu’ après avoir testé tel ou tel produit (tabac, drogue, alcool), on va y devenir « accro ».

Tester une fois, pour savoir ce que c’est, ne rend pas dépendant. Pourquoi certains s’arrêtent-ils plus facilement? C’est qu’ils ont travaillé le problème de fond et l’ont rayé.

MARC: La cigarette électronique peut-elle être un déclencheur supplémentaire pour aller plus loin avec le tabac?

DR CUTARELLA : La cigarette électronique est régulièrement remise en cause car elle pourrait être néfaste ou une voie d’entrée dans le tabagisme. Or, on sait aujourd’hui que c’est faux et que vapoter est 95% moins dangereux qu’une cigarette.

MARC : Peut-être, mais quand on a une nature addictive, je pense, on peut, plus qu’une autre personne, devenir accroc à tout : tabac, alcool, ou réseaux sociaux …

DR CUTARELLA : Là, je vais vous contredire sur certains points et pas sur d’autres.

Oui, on peut avoir un profil dépendant et cela passe par de la génétique, par notre histoire (les éléments que l’on a vécu comme une enfance difficile, un drame, un divorce etc…) ou par l’environnement dans lequel on a évolué ainsi que par notre personnalité sous-jacente. Pour ce qui est de l’addiction, il ne faut pas croire que ce sont les produits toxiques qui rendent addict. Il n’y a qu’un seul élément addictogène dans la cigarette : c’est la nicotine ! Or, elle n’est pas nocive : elle n’entraîne aucun cancer, aucun problème cardio-vasculaire ou pulmonaire.

Par contre, ce n’est pas seulement la nicotine en elle-même qui est addictive mais plutôt la façon dont elle arrive au cerveau qui rend dépendant. Je m’explique : au moment où on tire sur la cigarette, il se passe six secondes pour que la nicotine arrive au cerveau. Puis cela va diminuer jusqu’à ce que l’on « reshoote » sur la cigarette pour qu’à nouveau il se passe six secondes pour arriver au cerveau !

Il y a des substituts comme les « patchs » qui délivrent aussi de la nicotine mais qui ne rendent pas « accro ». Pourquoi? Parce qu’ils délivrent la nicotine de façon extrêmement lente et progressive sur 24 heures, sans « pic », donc sans danger et risque addcitif pour le patient.

Propos recueillis par Frédéric Maury

NDLR : La Nicotine ne présente pas de danger pour la santé et n’est pas cancérigène, c’est le goudron - très inflammatoire - qui provoque les différents cancers dus à l’irritation continue des tissus.

 

 

 

 

 

 

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