L’obésité en France : peut-être une solution ?

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Docteur Julien ROUSSEAUX, médecin nutritionniste, Conseiller médical nutrition obésité prévention d’ELSAN, après avoir été Chef de Clinique en Nutrition sur le CHRU, il a travaillé à la coordination de parcours de soins du patient obèse et dénutris dans le secteur privé Lillois.

Le Docteur Julien Rousseaux a répondu à nos questions à l’occasion de la journée de l’obésité du 18 mai. 

 

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Sarah : D’après l’organisation mondiale de la santé, 2,8 millions de personnes décèdent chaque année du fait de leur surpoids ou de leur obésité. Où en est l’obésité en France ?

Dr Rousseaux : L’obésité touche un plus de 15% de la population Française mais ce chiffre varie d’une région à l’autre. Dans le Nord par exemple plus de 25% de la population est obèse. Lorsque on considère la population en excès de poids (surpoids et obésité), cela représente près de 1 français sur 2 (56,8% des hommes et 40,9% des femmes).

Sarah : Qu’en est-il chez les enfants et les adolescents ?

Dr Rousseaux : Nous avons malheureusement peu de chiffres disponibles ; on sait que parmi les enfants entre 5 et 6 ans, 12,1% présentent un excès de poids. Ces chiffres sont en légère amélioration cependant, on constate que dans les familles défavorisées ce chiffre d’obésité et de surpoids n’a pas connu l’évolution des foyers les plus aisés : les inégalités sociales se sont donc creusées.

Plus que la précarité alimentaire, c’est l’éducation à la santé qui fait défaut chez cette population. La perception des messages est différente en fonction du milieu social et les études montrent que l’étiquetage nutritionnels et les messages santé ne touchent pas la cible prioritaire plus défavorisée. Il existe aussi probablement un effet de compensation alimentaire des parents associé au sentiment d’inconfort financier.

Il y a aussi dans notre mode de consommation actuel, une consommation marquée de produits industrialisés, c’est donc toute une éducation alimentaire qui doit être revue notamment en aidant la population à retrouver du plaisir à cuisiner et à apprendre à écouter leurs besoins physiologiques. Beaucoup de personnes ne savent plus si elles mangent parce qu’elles ont faim ou parce que c’est l’heure de manger. Prendre le temps de cuisiner c’est aussi d’une certaine manière prendre le temps de s’écouter.

Sarah : Quels sont les produits alimentaires à privilégier ?

Dr Rousseaux : Quel que soit le produit, même s’il est plus riche en énergie, l’écoute des sensations alimentaires permettra de réguler les quantités consommées. Prendre le temps d’être à l’écoute de son corps et de choisir ses aliments amènera naturellement à diversifier l’alimentation.

Les plats faits maison sont donc effectivement intéressants, en faisant attention aux matières grasses ajoutées (sans les interdire). La composition protéine-féculent-légume ne doit pas être une règle pour chaque repas, la diversité alimentaire se fait au cours du temps et non pour chacun des repas.

Sarah : Consommer bio, local et de saison, a-t-il des effets bénéfiques sur la santé ?

Dr Rousseaux : Il n’y a pas d’effet sur le poids mais cela introduit la question : « qu’est-ce que je vais cuisiner ? » et la saisonnalité entraine une plus grande diversité des consommations alimentaires. Les légumes disponibles en hiver ne seront pas les mêmes que ceux en été. C’est cette diversité alimentaire qui aura un effet de prévention sur le surpoids et sur l’obésité. Les aspects bio et local sont des valeurs importantes de respect de la planète mais n’ont pas d’effet sur le poids.

Sarah : Quel est l’impact de l’activité physique sur le surpoids et l’obésité ?

Dr Rousseaux : La pratique physique consomme de l’énergie qui ne sera donc pas stockée ; l’activité physique en elle-même contribue donc à limiter la prise de poids. En revanche, l’activité physique à elle seule n’aura pas d’effet sur une personne qui mange trop en quantité. C’est un équilibre global du mode de vie qui doit être adapté : La meilleure pratique physique est celle qui sera poursuivie sur le long terme plutôt qu’une pratique trop intense et donc trop vite abandonnée.

  • Prendre le temps
  • Introduire de la diversité dans l’alimentation
  • Pratiquer une activité physique régulière et adaptée. La marche à pied est aussi une activité physique qui peut se pratiquer de façon régulière.

Sarah : En est-il de même pour les régimes ?

Dr Rousseaux : Exactement, la privation sur la durée n’offre pas de bons résultats car il arrive un moment où l’on craque et il y à une reprise de poids.

Au fur et à mesure des restrictions et des « craquages » cela crée de la restriction cognitive qui brouille les signaux du corps lorsqu’il a faim. Le message naturel du corps qui est « J’ai faim – Je n’ai pas faim » est remplacé par celui de « J’ai droit – Je n’ai pas droit ». Naturellement le corps peut se faire plaisir un jour et le lendemain moins manger car il n’en aura pas l’envie.

Sarah : Comment accompagnez-vous les patients atteints de surpoids et d’obésité ?

Dr Rousseaux : Au sein d’ELSAN, nous leur expliquons que ces régimes réalisés ne sont pas très durables et que si on veut avancer, il faut d’abord prendre le temps car ce n’est pas un régime avec amaigrissement rapide (et reprise de poids) qui va être réalisé pour sortir de cette obésité. C’est un processus qui va durer bien souvent plus d’un an. Dans un premier temps nous réintroduisons une activité physique adaptée. Pour une personne qui ne fait pas du tout d’activité par exemple, si elle fait le tour du pâté de maison, c’est déjà une victoire et il faut la féliciter pour cela. Petit à petit ces points positifs seront renforcés et les personnes vont retrouver de plus en plus de capacités musculaires et de régularité dans cette pratique. Les programmes associent ensuite une alimentation adaptée dans le sens où on va se remettre à l’écoute de ce que l’on mange. Il s’agit donc d’écouter essentiellement le besoin corporel sans se préoccuper d’horaires systématiques de repas et sans stigmatiser les aliments.

Sarah : La chirurgie de l’obésité intervient à quel moment et comporte-t-elle des risques ?

Dr Rousseaux : La chirurgie de l’obésité est un outil qui est extrêmement puissant pour l’amaigrissement par contre il n’est qu’un outil et ce n’est pas la solution en soi. Il y a différente chirurgie de l’obésité mais quel que soit la chirurgie le corps va s’adapter. On peut considérer qu’entre 3 et 5 ans après, la chirurgie n’aura plus d’effet. Une personne qui pratique une chirurgie sans l’accompagnement que je vous ai expliqué, est à haut risque de reprendre, au bout de quelques années, tout le poids perdu et même plus. La chirurgie est donc un accélérateur de la perte de poids mais il faut en amont adopter des comportements alimentaires plus adaptés pour pérenniser les résultats.

La chirurgie présente un risque associé au geste et il faut lui donner toutes les chances de permettre un amaigrissement définitif. C’est à nous de nous occuper de cet accompagnement du mode de vie sur le long terme avant d’envisager une chirurgie.

Sarah : Quelle est votre vision de l’avenir médico-chirurgical sur l’obésité ?

Dr Rousseaux : Il y a une amélioration certaine et on apprend de plus en plus sur la manière d’accompagner au mieux les patients. Avant, les régimes restrictifs étaient la norme, on sait maintenant qu’il faut accompagner le mode de vie des patients sur la durée. C’est ce que nous mettons en place aujourd’hui dans plusieurs centres et notamment dans les hôpitaux privés ELSAN. Mon rôle est de venir en soutien des équipes pour les aider à structurer les parcours patients et répondre de manière adaptée à chacune de ces étapes tout en limitant les frais pour les patients afin de réduire les inégalités sociales (les diététiciennes et psychologues ne sont pas prises en charge par la sécurité sociale). L’obésité touche plus souvent les populations défavorisées et nous travaillons pour mettre à dispositions de tous un accompagnement de qualité pour ces patients.

Propos recueillis par Sarah-F Kadaoui

 

 

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